RWANDA

1.Situation géographique et politique

Le Rwanda, dont la capitale est Kigali, est situé au centre-est de l'Afrique. Sa population est de 7 million d'habitants, dont 300 000 à Kigali.
Le Rwanda est connu actuellement à l'échelle mondiale à cause de sa tragédie d'avril 1994. C'est un pays au relief montagneux, surnommé à juste titre " le pays des mille collines ". Dès les premières heures de son histoire jusqu'en 1959, c'est un régime monarchique dynastique, et depuis cette date jusqu'à nos jours, le pays est passé de la monarchie à la république. Au cours de toute la période post-monarchique, le pays a connu une série de massacres à caractère ethnique, pour aboutir finalement au génocide.

Une seule langue unit tout le peuple rwandais : le kinyarwanda.
L'économie repose essentiellement sur l'agriculture : la culture du café et du thé reste la plus importante source de devises.
Quelques usines commençaient à naître ici et là, mais celles-ci ont subit des dommages suite à la guerre. On peut donc dire que suite à la guerre, l'économie est paralysée.

2. L'église

Du point de vue spirituel, le catholicisme romain s'est fortement ancré dans les mentalités et cela constitue l'une des forteresses de l'ennemi. L'esprit religieux et celui de division sont les principaux princes spirituels qui influencent la mentalité dans le pays.

Les statistiques sur le nombre réel de chrétiens nés de nouveau sont difficiles à établir étant donné les changements qui se sont produits dans le pays et dans l'église. La guerre a emporté plus d'un million d'âmes et d'autres sont encore en exil. Il est cependant utile de signaler les prémices d'un réveil qui s'annonce à l'horizon. Plusieurs ministères et associations anglophones s'investissent à flot au Rwanda.

3. La société

La majeure partie de la population est catholique. L'Evangile est encore voilé pour plusieurs. Le pays est plus christianisé qu'évangélisé.
Les autorités actuelles sont favorables à l'Evangile. Toutefois, les dirigeants restent vigilants à cause du mauvais rôle joué par certains responsables spirituels au cours du génocide.

4. La Francophonie

Dans la société du pays, la Francophonie est mal perçue à cause du mauvais rôle que la France a joué dans les événements qui viennent d'endeuiller le Rwanda.
Quant aux dirigeants des églises, ils semblent indifférents à la Francophonie. Je crois que cela peut s'expliquer de cette manière : on ne rencontre aucune trace de relation entre l'église du Rwanda depuis qu'elle existe et l'église occidentale francophone. Aucune oeuvre visible, aucun ministère francophone n'est connu jusqu'ici au Rwanda. Par contre, l'Eglise du Rwanda a des relations vieilles de plusieurs décennies avec les Eglises d'Angleterre, de Suède, de Norvège, des USA, etc... Bref, des relations privilégiées avec le monde chrétien anglophone.

5. Sujets de prière, requêtes et projets

Que la communauté chrétienne francophone s'investisse d'une façon particulière au Rwanda pour récupérer ce territoire que la Francophonie politique semble avoir perdu.
Prier pour la réconciliation du Rwanda avec la France eu égard au génocide rwandais. Prier pour la cohésion et l'unité du tissu social déchiré par une mauvaise gestion politique qui a caractérisée le Rwanda d'avant-guerre (avant avril 1994).

6. La vision pour l'avenir du Rwanda

Dieu est en train de faire du Rwanda un carrefour des flambeaux qui viennent de partout. Par sa situation au centre de l'Afrique le Rwanda rassemble différentes cultures et différents onctions spirituelles afin de remplir dans l'avenir sa vocation, celle du coeur de dieu qui bat et qui envoie la vie vers d'autres nations.

Ce pays aux mille collines est sur le coeur de Dieu et celui-ci a promis d'avoir continuellement ses regards sur ce pays pour apporter sa bénédiction. Dans le passé autour des années 1930, ce pays a amené le réveil en Afrique central et en Afrique de l'est. La vision est que Dieu veut reprendre l'oeuvre pour que cette source qui avait tari rejaillisse pour abreuver les peuples assoiffés des nations d'Afrique et d'ailleurs.

Un des phénomènes qui se passe aujourd'hui dans la nation, c'est qu'après la guerre de avril-juillet 1994, un grand nombre de Rwandais exilés sont rentrés au pays. De ce fait, les deux langues les plus parlées sont le français et l'anglais. Ceci est prophétique car cela veut dire que les chrétiens deviendrons missionnaires dans le monde entier.

Formation des dirigeants pour la région des Grands Lacs à Kigali.

La session de formation des dirigeants pour "la restauration d'une nation par l'Evangile" a eu lieu du 23 Novembre au 2 Décembre à Kigali. Nous étions une équipe de cinq personnes, dont trois formateurs et deux accompagnants. André Debenest, Pierre Cranga et Philippe Joret ont enseigné chaque jour. Les sessions avaient lieu à la Ligue pour la Lecture de la Bible à Kigali. Cela a facilité le travail considérablement de pouvoir avoir tout le monde sur place. Nous avons connu, dans d'autres contextes, les difficultés d'avoir les participants arrivant à toutes les heures. Ce travail a été rendu possible par les offrandes données par les églises, qui nous ont permis de louer ce local et de fournir la nourriture pour les participants. Le voyage de préparation de Christine Wilkins a été un atout majeur de réussite, ainsi que le bon travail de l'équipe de MIRNE sur place.

Le ministre des transports et communications étant un chrétien né de nouveau, a fait un discours d'ouverture (une semaine avant) dans lequel les pasteurs ont été interpellés. On nous a dit que ce discours a donné du crédit à la session de l'école et que les pasteurs se sont décidés. En effet, alors que nous attendions soixante pasteurs, nous en avons eu cent vingt, de toutes les dénominations. Une quinzaine d'entre eux venaient du Burundi.

André Debenest a enseigné sur la formation de l'homme de Dieu, la vie prophétique et a animé des ateliers sur les dons spirituels. Pierre Cranga a enseigné sur la consolation et la joie par le ministère du Saint-Esprit, la grâce, et l'Education chrétienne pour restaurer une nation. Philippe Joret a enseigné sur la vision globale, la stratégie apostolique et le rôle prophétique de l'Eglise dans la nation et le concert des nations aujourd'hui : une Eglise sans frontière. Il a animé un atelier pour les dirigeants principaux des églises.

Vous dire ce qui s'est passé est difficile tant nous avons vu la main du Seigneur ! Les personnes ivres du Saint-Esprit, revêtues des dons de l'Esprit et vivant des temps très forts de repentance et de réconciliation dans les larmes et le lavage des pieds. Et d'un autre côté ces mêmes personnes travaillant dans une réflexion profonde sur les propositions à faire pour changer la vie de leurs églises et des quartiers. Quelles perpectives pour un autre Rwanda ? Nous voyons quand même que nous sommes en retard dans le domaine des propositions concrètes qui orienteraient la vie de la nation. Quelle est la vision biblique de la famille et les propositions qui en découlent pour les dirigeants du pays ? Quelle vision pour les médias, c'est quoi un journaliste ? Quels est le rôle des dirigeants politiques ? Comment organiser la cité, l'urbanisme, le développement économique, agricole ? Qu'avons nous à dire sur l'Education et l'enfance au delà même des écoles chrétiennes ? La culture peut modeler une génération. Comment allons nous l'utiliser et libérer les talents culturels et la créativité ?

Il est évident que le rôle de la France dans les pays des Grands lacs a été et demeure plus que trouble. A cause de cela, le concept de la francophonie est piégé. Plusieurs pensaient "ce que la France n'a pu faire par les armes ou par la politique, ils essaient de le faire par la culture et par les églises."

Mais l'Esprit de Dieu a vraiment agi et les réconciliations ont été profondes. Nous avons pu considérer que si nous ne faisons rien en faveur de la francophonie, les gens du monde auront toute l'attitude pour en faire des sociétés sans Dieu, source de désastres et de désespoir pour nos enfants. Le dernier jour, le Seigneur me dit qu'il allait me donner un signe de ce qui était en train de se faire. Alors que je prêchais sur le teste d'Esaïe 8 et 9 qui nous dit que les pays de l'ombre de la mort voient se lever une grande Lumière, une femme de Dieu s'est approché de moi avec un enfant de huit ans. "Hier, il était mort et Dieu l'a ressuscité !" Son père accompagnant l'enfant a confirmé ce miracle. De plus, 160 personnes se sont retrouvées spontanément dans une église désaffectée et cherchaient à entendre l'Evangile. N'ayant pas de pasteur, elles sont venues à la Ligue pour demander que quelqu'un aille prêcher le jour même ! Une foule cherche avec avidité un prédicateur. Ce qui frappe l'attention c'est qu'avec l'implication des églises dans le génocide et les massacres, l'opinion internationale s'attendait à ne plus voir personne dans les églises. C'est le contraire qui se passe ! Elles sont pleines. Au centre ville, six cent personnes se retrouvent chaque jour pour un temps de prière au lieu du repas de midi. Et de tels groupes se multiplient dans toutes les villes.

Le défi reste... Si la crise du logement n'est pas traitée avec équité, les massacres pourraient recommencer. En effet, les réfugiés qui rentrent des pays voisins retrouvent des maisons que doivent laisser les personnes qui ont habité là depuis plus de deux ans et qui ont restauré le pays. On leur propose d'aller vivre en tente sur le Mont Kigali. C'est une source de tension. Les prix grimpent ou doublent en quelques jours ! Des groupes armés se préparent dans les forêts et les puissances internationales convoitent le Zaïre qui agonise. Le Burundi est paralysé par l'embargo. Les orphelins sont nombreux et la délinquance pourrait devenir un fléau.
Au sein de telles détresses, l'Evangile reste le véritable espoir dans un pays où l'on sait que la solution ne peut pas être que politique.

Merci pour vos prières, votre intérêt et votre soutien. Il nous faut continuer à aider ces deux petits pays. Fraternellement, Ph. Joret

Citations d'étudiants de la session Kigali 96 à la fin de la formation :

"Réconciliation entre les églises et entre nous (hutus et tutsis). Notre école nous a donné la connaissance et la force de continuer l'évangélisation dans notre pays."
"Avant je croyais que je n'étais rien, sans vie, mais Dieu m'a révélé sa grâce et sa bonté. Oui j'étais une chrétienne qui aimait Jésus mais qui n'arrivait pas à pardonner à ses ennemis. Mais l'onction de joie est descendue sur moi et j'ai commencé à pardonner à mes ennemis et à me pardonner moi-même."
"Pendant le message de réconciliation, j'ai été touché et je me suis vu pêcheur car j'avais une autorité écrasante dans ma famille. Je suis allé à la maison pour me réconcilier avec mon épouse et mes enfants. Aujourd'hui je sens la paix et la joie du Seigneur que je n'ai jamais connu durant toute ma vie passée."
"La repentance et le pardon ouvrent le ciel !!! Ce qui m'a fortement marqué c'est le pardon entre ethnies hutus et tutsis ! Rwandais et français. L'Esprit de joie m'a beaucoup marqué. L'école chrétienne est la base et le fondement unique pour former les cadres de Dieu et des nations. La répartition des ministères et leur fonctionnement est le pas franchi pour notre église."
"D'autres pions ont été ajoutés pour le grand réveil dans la sous-région des Grands Lac."

Après-guerre au Rwanda

Depuis la fin de la guerre d'Avril 94 aux proportions apocalyptiques, la Communauté Internationale est venue secourir ce pays meurtri. En visitant le Rwanda à cette époque qui a suivi la guerre (94-95), le visiteur aurait eu du mal à croire que ce pays sortait d'une guerre qui a coûté la vie à plus d'un million de personnes et occasionné des dégâts matériels inestimables. La présence de la Communauté Internationale par le truchement des Organisations non gouvernementales et ce qu'on a appelé la Mission Internationale des Nations Unies pour l'Assistance au Rwanda (MINUAR) avait redonné au Rwanda en peu de jours l'image d'un pays dont la vie suit son cours normal. Ces ONG avaient fourni du travail à plusieurs Rwandais. Les denrées alimentaires et les produits de première nécessité qu'on trouvait jusque-là au Rwanda provenaient de ces ONG étrangères.

1- La situation au Rwanda après le départ de ces ONG.

Après un désaccord avec le Rwanda sur la façon d'oeuvrer, les différentes ONG qui aidaient le Rwanda dans sa restauration sont parties en laissant un pays en pleine reconstruction mais sans ressources suffisantes. Le gouvernement n'étant pas en mesure de payer ses fonctionnaires, le départ de ces ONG laisse beaucoup de Rwandais sans travail. Le secteur agricole n'étant pas bien relancé jusqu'à présent suite à l'infiltration des bandes armées (ex Forces Armées Rwandaises FAR et miliciens) à partir du Zaïre, qui viennent déstabiliser les régions les plus fertiles du pays, cela crée une situation d'autosuffisance alimentaire difficile. Beaucoup de Rwandais vivent actuellement dans des centres urbains par peur de l'insécurité qui prévaut dans certaines régions du pays en particulier les régions destinées à l'Agro-Pastoral.

2- Situation sociale.

Le gouvernement rwandais privilégie la politique de rapatriement des réfugiés. Ces derniers temps nous assistons à un retour massif de réfugiés venant des pays limitrophes; ce phénomène entraîne une crise de logement sans précédent. La population qui est rentrée après une longue période d'exil ( de 1959 à 1994) a occupé provisoirement les maisons des réfugiés des événements récents (avril 94) en attendant la mise en route de la politique de réhabilitation et d'intégration sociale.
Le gouvernement rwandais se trouve devant une situation difficile à gérer. D'une part, il faut que les réfugiés rentrent, d'autre part, il faut que ceux qui occupent les maisons de ces derniers les quittent. Pour aller où? Il n'y a aucune structure d'intégration de toute cette population sans logement jusqu'à présent. Il n'y a pas de fonds pour créer de nouveaux sites pouvant servir à l'aménagement de l'habitat des sans logis. Pour trouver un logement à prix modéré dans la ville de Kigali, il faut l'équivalent de 1500 FF par mois alors que le salaire d'un fonctionnaire moyen est de 500 FF par mois.

3- Le gouvernement demande aux églises d'apporter leur contribution pour endiguer cette crise.


Pour les églises qui n'ont pas été implantées par les missionnaires occidentaux, ne bénéficiant d'aucune aide de ces derniers, cet apport demandé est un grand défi. Presque tous les membres de ces églises sont sans travail, par conséquent la vie financière des nouvelles églises s'en trouve affectée. Les pasteurs ne touchant plus de salaires tentent de quitter le ministère pour trouver le moyen de subvenir à leurs besoins légitimes.

4- Les projets de l'église.

Si l'Eglise avait les moyens, elle pourrait mettre sur pied des projets générateurs d'emplois et de revenus et ainsi apporter sa contribution à la recherche d'une issue à cette crise.
Nous avons au sein de notre église un projet Agro-Pastoral "Jardins de Solidarité". Ce projet se trouve freiné d'une part à cause de manque de moyens, d'autre part à cause de l'insécurité qui prévaut dans la région où nous avons acquis des terrains grâce aux fonds accordés par COEF 5-semences.

François Nkurunziza